Débat - Fonctionnement et financement des services départementaux d’incendie et de secours

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Débat - Fonctionnement et financement des services départementaux d’incendie et de secours

Séance publique du 28 avril 2026

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

Notre modèle de sécurité civile est souvent présenté comme un modèle d’excellence, et il l’est, car il permet d’intervenir partout, rapidement et efficacement, tout en protégeant nos concitoyens sur l’ensemble du territoire, en s’appuyant sur un engagement humain remarquable.

Mais soyons lucides : aujourd’hui, ce modèle est sous tension, et ces tensions sont profondes, structurelles et durables.

Première réalité : l’explosion des missions.

Les SDIS ne sont plus seulement les services du feu, puisqu’ils sont devenus au fil du temps un pilier du secours à la personne, au point qu’aujourd’hui plus de 80 % de leurs interventions relèvent de l’urgence médicale.

Ce chiffre n’est pas anodin, car il révèle le vieillissement de la population, l’augmentation des situations de fragilité, mais aussi les difficultés croissantes d’accès aux soins dans de nombreux territoires.

Face à cette situation, ce sont toujours les sapeurs-pompiers qui répondent présents, partout et sans distinction, qu’il s’agisse de malaises, de chutes, de détresses sociales ou même de situations relevant davantage de l’accompagnement que de l’urgence.

Ainsi, ils comblent les failles, compensent les manques et absorbent les tensions, ce qui transforme en profondeur leur métier.

Ces missions exigent des compétences étendues, une formation toujours plus poussée et une capacité d’adaptation permanente, tout en représentant une charge humaine considérable, puisqu’elles confrontent ces femmes et ces hommes à des situations parfois dramatiques.

Il faut donc le dire clairement : nous ne sommes plus face à une simple évolution technique, mais à une transformation profonde de l’engagement.

Cette transformation appelle une réponse claire, fondée sur davantage de reconnaissance et de respect, non seulement en paroles, mais en actes.

Reconnaître, c’est dire merci, mais surtout donner les moyens, adapter les organisations et prendre en compte la réalité du terrain.

Respecter, c’est cesser de considérer les sapeurs-pompiers comme une variable d’ajustement et ne plus leur demander de compenser indéfiniment les insuffisances d’autres services publics.

Deuxième réalité : le financement.

Aujourd’hui, le financement des SDIS repose essentiellement sur les collectivités territoriales, alors même que les départements, les communes et les intercommunalités font déjà face à des contraintes budgétaires importantes, tandis que les besoins des SDIS continuent d’augmenter, qu’il s’agisse des interventions, des équipements ou des exigences en matière de sécurité et de formation.

Ce déséquilibre n’est plus tenable, car nous ne pouvons pas demander aux seules collectivités de porter une mission qui relève de la solidarité nationale.

La sécurité civile n’est pas un service local comme un autre, mais un pilier de notre pacte républicain.

Quel message envoyons-nous à nos sapeurs-pompiers si nous ne garantissons pas un financement à la hauteur de leurs missions ? Donner des moyens n’est pas un luxe, mais une marque de respect.

Troisième réalité : le volontariat.

Le modèle français repose largement sur les sapeurs-pompiers volontaires, ce qui constitue une richesse essentielle en assurant une couverture territoriale étendue.

Cependant, ce modèle se fragilise, car s’engager est devenu plus difficile qu’hier en raison de contraintes professionnelles accrues, d’exigences de formation plus élevées et d’un rythme d’interventions soutenu, tandis que l’équilibre entre engagement et vie personnelle devient plus difficile à maintenir.

Le risque est clair : une érosion progressive du volontariat, qui pourrait fragiliser l’ensemble du système.

La réponse passe par la reconnaissance, car il n’est pas possible d’exiger un engagement aussi fort sans offrir en retour une reconnaissance à la hauteur, ce qui suppose une meilleure valorisation, une intégration renforcée dans les parcours professionnels, une implication accrue des employeurs et une simplification des conditions d’engagement.

Cela suppose aussi un changement de regard, car être sapeur-pompier volontaire ne peut être considéré comme un engagement secondaire, puisqu’il s’agit d’un engagement essentiel.

Enfin, il nous faut regarder vers l’avenir, car les risques évoluent sous l’effet du changement climatique, qui intensifie les feux, les inondations et les catastrophes naturelles, tandis que l’urbanisation complexifie les interventions et que de nouvelles menaces apparaissent.

Face à ces évolutions, les SDIS doivent être prêts, c’est-à-dire équipés, formés et soutenus, ce qui suppose des moyens mais aussi une vision.

Monsieur le Ministre, mes chers collègues,

Derrière les questions de fonctionnement et de financement des SDIS se pose une interrogation plus fondamentale : quelle place accordons-nous à celles et ceux qui nous protègent ?

Il faut de la reconnaissance, du respect et de la considération.

Les SDIS sont performants, mais ils reposent sur des femmes et des hommes qui s’engagent et prennent des risques, et qui n’attendent pas seulement des discours, mais des décisions concrètes.

Il est donc temps de renforcer ce modèle sans le dénaturer, de le financer à la hauteur des enjeux, de mieux répartir les responsabilités et, surtout, de reconnaître pleinement l’engagement de nos sapeurs-pompiers.

Car un modèle, aussi performant soit-il, ne tient que par celles et ceux qui le font vivre, et le respect que nous leur devons doit devenir visible, concret et durable.

Monsieur le Ministre, je vous remercie.

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